Cliente Catalogo MULTIPLE, Biblioteca Nazionale del Lussemburgo
Anno 2020
Tecnica Acquaforte, monotipo, collage, stampa tipografica. Testi scritti a mano.

Testo critico in tedesco

L’artiste romaine Valeria Gasparrini (née en 1964) est enseignante, illustratrice et éditrice. Le livre Quante insostituibili vite (Combien de vies irremplaçables) a été conçu pour une exposition sur la Shoah à Rome. En réunissant des œuvres d’artistes contemporains sur la persécution des Juifs entre 1939 et 1945, la présentation avait pour objectif de garder vivante la mémoire des victimes, des lieux et des événements de cette époque tragique.

Pour son livre, Valeria Gasparrini a effectué des recherches sur les destins de personnes ayant disparu de Rome pour toujours en octobre 1943, dans le sillage des mesures anti-juives. Sur la première page, dans une sorte de phylactère ou de nuage de fumée qui empiète sur un rectangle noir occupant presque toute la page, elle évoque les instructions ignobles selon lesquelles fut mise en œuvre la déportation des Juifs romains. La lecture seule suffit pour se rendre compte de la perfidie des mesures.

Le livre, qui se compose de monotypes et d’aquatintes sur papier vergé, suit une structure claire : sur les pages de gauche, l’artiste a écrit à la main les données biographiques des personnes déportées. Ces informations figurent sous un ciel noir qui court sur toute la largeur du livre, ici et là transpercé de rayons de lumière, de planètes ou d’étoiles. Toutes les pages de droite sont conçues de la meme manière que la couverture : le grand rectangle noir y est recouvert d’une grille blanche toujours plus dense. Seule la silhouette d’une grande cheminée noire d’où s’élève une fumée noire se détache de l’image. Le phylactère blanc de la page de couverture réapparait à l’intérieur, coloré et enrichi de collages et de notes.

Sur la page dédiée à une mère de neuf enfants, l’artiste a noté dans une bulle de couleur rouille : « Clelia Frascati con i sui 9 figli. » Les enfants sont représentés par des petits triangles beiges de différentes tailles rappelant des feuilles empor­tées par le vent. Sur la page de gauche figurent les dates de naissance et de décès de Clelia Frascati, le lieu de son arrestation et de détention et le numéro de son convoi vers Auschwitz. À cela s’ajoute un détail macabre : son mari, qui était parti acheter des cigarettes, trouva une maison vide à son retour. Immédiatement après son arrivée au camp d’extermination, Clelia et ses enfants furent tués dans la chambre à gaz. D’autres victimes de la Shoah sont évoquées de manière simi­laire dans le livre.

Les pages sont maintenues ensemble par un fil qui évoque les clòtures du camp d’extermination d’Auschwitz. Le couvercle en tòle d’aluminium confère à l’ouvrage une sensation de froideur. Enfin, la couverture à boucle symbolise l’impossibilité d’échapper au mécanisme diabolique mis en place par les nazis.

 

Michèle Wallenborn

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